Baptême de Samuel
Cher Samuel,
Quel meilleur moment que le premier jour de l’Avent pour baptiser un enfant ? Ah, j’oubliais : tu ne sais pas ce que c’est que l’Avent.
Eh bien vois-tu, l’Avent, c’est en gros quand on prépare Noël. C’est une tradition chrétienne qui date du 6è siècle. On compte 4 semaines avant Noël et on a là le premier dimanche de l’Avent. L’Avent, c’est une période au cours de laquelle on va particulièrement réfléchir, et prier, et célébrer autour de la thématique de la naissance de Jésus : qui était cette personne particulière, comment il est né, comment les histoires qu’on raconte à son sujet orientent notre vie, une période où les chrétiens et les chrétiennes méditent sur ce que ça signifie, dans leur vie spirituelle, que le Christ soit né. En eux. Dans leur esprit. Quand on est chrétien, on désire être avec Dieu comme le Christ était avec Dieu. C’est la prière de Jésus : « que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous ». La naissance du Christ en nous a de grandes significations pour les personnes qui veulent connaître Dieu.
Et c’est pour ça que l’Avent, c’est pour de nombreuses Églises chrétiennes, le début du calendrier liturgique. Même si dans ce qu’on appelle le calendrier civil, on considère que Noël c’est la fin de l’année.
Mmmh je vois que tout ceci est bien compliqué pour toi. Mais ne t’en fais pas, dans la vie on ne comprend pas toujours tout au moment où on nous présente les choses.
C’est avec le temps, que les choses dévoilent leur sens. Un jour, peut-être, ce que je te dis là t’aidera sur ton chemin. Peut-être pas. Nous semons, nous arrosons, mais c’est Dieu qui fait croître. Bref, revenons au sujet de la naissance de Jésus. Un bébé qui naît, c’est toujours un grand événement. Les parents – qui sont très fatigués à la fin de la grossesse – découvrent enfin à quoi ressemble leur bébé. L’enfant n’est plus caché, il n’est plus invisible, on peut enfin le voir, le toucher, le sentir et l’embrasser, et quand on lui parle on n’a plus l’impression de parler dans le vide. Un bébé qui arrive, c’est vraiment une grande joie. Et c’est peut-être pour ça, en premier lieu, qu’on aime beaucoup fêter Noël. Le premier des trucs, c’est ça : l’arrivée d’un bébé, c’est magique ! C’est merveilleux. Comment cette petite boule de chair va pouvoir devenir un adulte ? Comment on passe de 45 centimètres à 1 mètre 80 ? A peu près, hein. De 3 kilos 750 à 92 kilos ? A peu près hein. Je sais bien, qu’il y a des adultes ici qui pèsent à peine 60 kilos, et encore, après s’être longtemps plongés dans l’eau.
Quel mystère, non ? Quelle beauté !
Je te loue d’avoir fait de moi une si grande merveille ! Ce que tu réalises est prodigieux, je le reconnais bien !
Voilà les sentiments qui nous habitent lorsque nous voyons un enfant naître. Non ? Alors peut-être que ce sont des sentiments qui devraient pouvoir nous habiter, lorsque nous voyons un enfant naître. De la joie et de l’émerveillement. La foi tire son énergie de l’émerveillement. Et Jésus, ce n’était pas n’importe qui. C’est un être humain qui a vécu accroché à Dieu, dans une intimité avec Dieu tellement profonde qu’on a pu dire de lui qu’il était l’image de Dieu sur terre. Que quiconque l’avait vu voyait le Créateur de toutes choses. Et on oublie un peu trop souvent que Jésus a dit que nous aussi, nous devions avoir cette intimité-là avec Dieu, et que nous aussi, nous devions être à l’image de Dieu. Que nous aussi nous étions la lumière du monde, le sel de la terre, les fils et les filles du Créateur.
Que nous aussi… nous aussi.
Le baptême, c’est exactement de ça que ça parle.
J’aimerais que vous vous en rappeliez chaque jour de votre vie, et non seulement que vous en fassiez mémoire, mais aussi que vous aspiriez à le vivre : le baptême, c’est ce moment incroyable, émerveillant, lui aussi, où Dieu dit qu’il nous aime, avant tout, d’un amour qui précède tout, sans condition. La figure phare qui nous raconte le baptême, c’est Jésus, qui entre dans l’eau pour être baptisé par Jean le Baptiseur. Il entre et des gens voient – c’est une vision – l’Esprit de Dieu descendre sur Jésus, sous une forme corporelle semblable à une colombe. Il nous est rapporté beaucoup de visions dans la Bible, mais celle-ci est vraiment très importante. Le baptême, c’est le moment où Dieu déclare : tu es mon enfant et je t’aime. Le baptême, c’est le moment où on entre officiellement dans la communauté spirituelle universelle. C’est le moment où on reconnaît que l’Église est composée de gens de tous horizons qui savent que Dieu les aime depuis toujours. Et l’évangile selon Jean nous dit que ce Jésus, c’est lui qui baptise dans l’Esprit saint. C’est lui qui nous permet de vivre de cet esprit divin, qui nous met en relation avec le Dieu créateur.
C’est lui qui nous permet d’être comme le Christ, image de Dieu, et d’aimer notre prochain comme nous-même.
Je n’ai pas vraiment fait attention au calendrier, je vous l’avoue, parce qu’aujourd’hui, en plus du baptême, en plus de l’Avent et en plus des versets que les parents de Samuel ont choisi pour la prédication, j’étais sensé parler de Moïse, parce que c’est le personnage que la jeunesse de notre paroisse a étudié. Et donc le principe c’est qu’on parle d’un personnage avec la jeunesse, et qu’on reprenne ce personnage dans le culte. Mais aujourd’hui, je vais décevoir : je ne suis pas capable de respecter les règles du jeu. Du mieux que j’ai pu, j’ai essayé de bien faire, et je n’y suis pas arrivé. Je suis parfois une déception à mes propres yeux, mais ça ne m’arrête pas.
La vie n’est pas facile Samuel, et tu verras toi aussi que quand l’Esprit de Dieu habite en nous, nous avons des choix difficiles à faire.
Et que nous devons payer le prix des choix que nous faisons. Si tu choisis de faire ce qui est bien, tu devras en payer le prix. Des fois les gens vont se moquer de toi, quand tu feras du bien, ou alors ils vont être violents avec toi. Ou tout simplement il vont t’ignorer. N’en sois pas surpris, c’est toujours comme ça : c’est ce que Jésus a vécu, lui aussi. Si tu choisis de faire ce qui est mal, tu devras aussi en payer le prix. Parce que nos actes ont des conséquences, et les conséquences du mal que nous faisons sont difficiles à assumer. Et quand on vient à ne plus accorder d’importance aux conséquences de nos actes, c’est qu’on est déjà en train de payer le prix du mal : c’est que notre humanité commence à disparaître. Le baptême est là pour nous rappeler que nos choix ne sont pas facile à assumer, mais que quand on fait des choix, de toute façon, on en paye le prix. Autant payer le prix du bien qu’on fait.
Au moins, quand nous faisons cela, nous agissons conformément à l’amour que Dieu a mis en nous.
Ce bien, que tu pourras choisir de faire, tu vas t’y exercer d’abord dans ta famille, Samuel.
C’est là le rôle principal de tes parents : faire de bons choix pour toi, des choix dictés par l’amour, pour que toi aussi, à leur contact, tu apprennes à faire des choix dictés par l’amour. Et dans ta famille, tu vas apprendre à aimer et à faire du bien, même quand tu es en colère, et même quand tu n’as pas envie d’aimer. C’est un lieu d’apprentissage, la famille, et c’est pas toujours facile. Et c’est dans la famille que tu vas apprendre la vraie valeur des choses. Je ne parle pas du prix des choses, mais de leur valeur. Tu apprendras qu’un toit vaut mieux qu’une grosse voiture. Qu’un bon repas vaut mieux que des vêtements de marque. Que l’argent n’a que la valeur qu’on lui accorde. Et que l’autre, celui qui souffre, a plus de valeur que n’importe quoi d’autre. Tu apprendras que l’argent n’a de valeur que s’il est partagé avec ceux qui en ont besoin pour vivre. Que ton cœur compte bien plus que ton apparence.
Et que l’honnêteté a plus de valeur que ce que les gens pensent de toi.
Allez, j’arrête là, Samuel.
C’est à toi que je m’adresse, mais j’aimerais que tout le monde ici entende que c’est un message qui s’adresse à chacun et à chacune de nous. Alors nous, nous sommes déjà des grands, et dans ce que j’ai dit il y a des choses que nous comprenons très bien, trop bien, même pour pouvoir partir d’ici sans nous remettre en question. Mais toi, aujourd’hui tu as un peu plus d’un an, tu ne saisis pas ce que tout ça signifie, mais prends ces paroles comme une semence. Et je te rappelle que le baptême, c’est le signe que Dieu te donne pour te dire qu’il t’aime. L’eau du baptême, ça veut dire que Dieu t’a déjà pardonné. Que Dieu t’aimait bien avant que tu aies pu dire quelque chose de bon ou de mauvais. Ça veut dire que Dieu t’aimait bien avant que tu aies pu faire quelque chose de bien ou de mal. Et que cet amour que Dieu a pour toi, rien ne pourra jamais l’abîmer. Le baptême, Samuel, c’est le signe visible que tu fais partie de cette communauté bizarre, faite de plein de gens si différents les uns des autres. Mais c’est aussi le signe que tu y as ta place. Que tu manques aux gens quand tu n’es pas là. C’est le signe que la communauté prie pour toi. Pas seulement quand elle se regroupe, mais aussi quand les gens prient tout seuls dans leur coin.
Ils prient pour toi parce qu’ils t’aiment, que tu fais partie de leur vie et qu’ils veulent le meilleur pour toi.
Samuel, en ce jour de baptême, je prie pour que Dieu t’aide à vivre de sa grâce et dans sa grâce, dans cet amour qui te vient de lui, et que ton papa et ta maman essayent de te transmettre chaque jour.
Et je prie pour que nous, ensemble, avec nos différences, nous vivions de cette même grâce.
Amen.